M. VARRAULT, artiste, conteur, nous a raconté trois contes Francs-Comtois du Moyen-Âge. 

 

 

Les élèves du CM1 ont particulièrement apprécié la légende de la naissance du sapin. Plusieurs histoires circulent (Bernard Clavel, Jacques Bidalot, Jacques Cassabois...)

 

La naissance du sapin

        Le diable est un personnage auquel on attri­bue toujours tous les défauts, tous les vi­ces1, toutes les ruses et que l'on ne voit jamais accomplir une bonne ac­tion. [...]

          Et pourtant, la lé­gende lui attribue la création du sapin.

          C'est une aventure qui remonte fort loin, à l'époque où la Terre venait d'émerger trempée en­core de l'eau du déluge qui avait fait monter les océans. Comme vous pouvez l'imaginer il n'y avait alors aucune végétation.…[...]

          Or parmi les premiers habitants des monta­gnes, alors que l'eau se retirait lentement des vallées et des plaines, il y avait une multitude de diablotins que le diable avait amenés là et qu'il venait voir de temps en temps pour les surveiller un peu. [...]

          Les diablotins ayant chaud l'été, le diable fit pousser des feuillus2, mais quand l'automne arriva, le vent fit tomber toutes les feuilles...

          Comme per­sonne n'avait encore inventé la rentrée des classes, les diablotins trouvèrent l'au­tomne très amusant, mais, lorsque la première neige arriva, ils com­mencèrent à déchan­ter. Et le jour où le diable revint les voir ils se mirent à crier: «Dis donc, tu t'es moqué de nous, avec tes arbres Qu'est-ce que c'est que cette invention qui perd ses feuilles avant que la neige se mette à tomber ? Où veux-tu que nous trou­vions de quoi nous abriter nous ?»

          Le diable dut bien reconnaître qu'ils avaient raison et qu'il n'était pas drôle du tout de vivre ainsi sous des tempêtes de neige.

          Comme il l'avait fait avant de créer les feuillus, il se mit à ré­fléchir et, après un moment, il dit: «Si j'ai bonne mémoire, je n'ai rien fait pousser tout en haut des montagnes?

-     Non, tu n'as rien mis là-haut.

-     Alors, suivez-moi, c'est là-haut que nous trouve­rons la solution.»

      Certains suivirent en ronchonnant, mais ils sui­virent tout de même.

      Dès qu'ils eurent atteint les limites supérieures de la forêt de feuillus, le diable qui avait réfléchi en marchant, fit pousser un énorme sapin. Un sapin tellement large que tous les diablotins pouvaient se réunir sous ses branches basses, dans une espèce de pénombre tiède qui contrastait avec la blancheur glacée de l'hiver.

 

Bernard Clavel, Légende des montagnes et forêts, coll. Le Livre de Poche Jeunesse, © Éd   . Hachette Jeunesse.